Réaction automatique : l’espace entre le stimulus et la réponse
« J’ai réagi au quart de tour. »
« Je lui ai répondu du tac au tac. »
Nous avons tous connu ces moments où nous avons réagi au quart de tour. Une remarque nous blesse et nous répondons immédiatement. Un proche nous contrarie et la colère surgit sans que nous l’ayons vraiment choisie.
Ces réactions automatiques font partie de la condition humaine. Elles sont souvent rapides, efficaces et parfois même nécessaires. Pourtant, elles peuvent aussi nous enfermer dans des schémas répétitifs dont nous aimerions sortir.
Réaction automatique et réflexe conditionné
Les psychologues ont largement étudié ce phénomène à travers la théorie du réflexe conditionné.
Un stimulus apparaît. Une réponse suit. Parfois si rapidement que nous avons l’impression qu’il n’existe aucun intervalle entre les deux.
Pourtant, si nous observons attentivement notre expérience, nous découvrons qu’il existe toujours un espace entre le stimulus et la réponse.
Un espace parfois minuscule, parfois plus vaste, un espace que nous remarquons rarement parce que nous sommes déjà emportés par notre réaction.
Là où réside notre liberté
Le psychiatre Viktor Frankl écrivait :

« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace réside notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse résident notre croissance et notre liberté. »
Cette phrase est devenue célèbre parce qu’elle pointe quelque chose d’essentiel.
Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive. Et nous ne choisissons pas toujours ce que nous ressentons. Tout cela est vrai !
Mais nous pouvons progressivement apprendre à choisir ce que nous allons faire de ce qui nous arrive. Au début de la prise de conscience de cette liberté, elle nous apparaîtra souvent modeste, voire insaisissable.
Mais ces quelques secondes, ce souffle rendent possibles un regard différent, une parole retenue. Et c’est là que commence la transformation.
« La conscience de soi est au cœur de mon approche d’accompagnement. » /bien-etre-clarte-vitalite/
Une réaction automatique n’est pas un défaut.
C’est souvent une stratégie ancienne qui s’est installée pour nous protéger, nous adapter ou nous permettre de traverser certaines situations difficiles. C’est pourquoi le problème n’est pas d’avoir des réactions automatiques.
Le problème apparaît lorsque nous ne savons plus faire autre chose. Lorsque la même réaction se répète dans nos relations, dans notre travail ou dans notre vie familiale, même lorsqu’elle ne nous aide plus.
Ce que la Gestalt appelle la conscience
La Gestalt-thérapie s’intéresse précisément à cet espace. Elle ne cherche pas d’abord à modifier nos comportements. Elle cherche à développer notre conscience.
Que se passe-t-il en moi maintenant ? Que ressens-je ? De quoi ai-je besoin ? Que suis-je en train d’éviter ?
Plus la conscience augmente, plus l’automatisme perd de sa puissance. L’enjeu n’est pas de devenir parfait mais de devenir présent.
Car ce n’est pas dans l’automatisme que naît la liberté. C’est dans la présence. En Gestalt, on pourrait dire que nous passons du réflexe à la conscience. Et de la conscience au choix.
« La Gestalt-thérapie aide précisément à reconnaître ces réactions automatiques et à retrouver davantage de liberté dans ses choix. »
Lire un autre article /gestalt-therapie-a-tassin-la-demi-lune/
Le non-agir taoïste : une autre façon de comprendre cet espace
Dans la tradition taoïste, cette idée prend une autre forme.
On parle du Wu Wei, le non-agir.
À première vue, cette notion semble étrange.
Comment agir sans agir ? En réalité, le non-agir ne signifie pas rester passif. Il ne signifie pas renoncer à intervenir.
Il désigne une action qui n’est pas produite par la précipitation, la peur ou la compulsion.
Une action qui émerge d’un esprit calme et d’un corps relié.
Lorsque quelqu’un nous provoque, le réflexe est de répondre immédiatement. Le Wu Wei nous invite à attendre un instant.
À revenir à nous-mêmes, à laisser retomber la poussière, à ne pas nourrir immédiatement le mouvement réactif.
L’action qui peut surgir ensuite, n’est plus exactement une réaction. Elle devient une réponse.

Retourner à la racine
Les textes taoïstes parlent souvent du retour à la racine.
Avant de parler, avant de décider, avant de corriger l’autre, avant de chercher à convaincre, « Revenir à la racine ».
C’est à dire revenir à la respiration, revenir au corps, revenir à la présence.
Pourquoi le ventre joue ici un rôle central
Dans ma pratique du Chi Nei Tsang, j’observe régulièrement combien notre capacité à choisir est liée à notre état corporel.
Lorsque le ventre est contracté, lorsque le diaphragme est bloqué, lorsque le système nerveux est saturé, l’espace entre le stimulus et la réponse semble se réduire. Alors tout devient urgent. Tout paraît menaçant. Tout appelle une réaction immédiate.
À l’inverse, lorsqu’une personne retrouve de la respiration, de l’espace dans le ventre et davantage de présence corporelle, quelque chose change. Cette personne ne devient pas moins sensible. Elle devient plus libre. Elle continue de ressentir mais elle est moins emportée. C’est comme si un peu plus d’espace apparaissait entre ce qu’elle vit et ce qu’elle choisit d’en faire.
« Le ventre joue un rôle essentiel dans notre manière de vivre les émotions et les tensions du quotidien. »
En savoir plus /chi-nei-tsang-massage-du-ventre/
La respiration : ouvrir l’espace
La respiration est probablement l’un des moyens les plus simples d’agrandir cet espace.
Lorsque nous sommes stressés, nous retenons souvent notre souffle sans même nous en rendre compte.
Le corps se prépare à combattre ou à fuir. La réaction devient alors plus probable.
Respirer consciemment ne supprime pas l’émotion. Mais cela nous redonne quelques précieuses secondes. Quelques secondes qui peuvent changer beaucoup de choses.
Une respiration. Puis une deuxième. Et déjà le choix redevient possible.
« La respiration consciente constitue l’un des moyens les plus simples pour retrouver du calme et de la présence. » Lire un article sur ce sujet https://philippef.com/energie-vitale-respiration/
La proactivité selon Stephen Covey

Stephen R. Covey a placé cette idée au cœur de la première habitude de son ouvrage Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent. Il appelle cela la proactivité.
Être proactif ne consiste pas à être constamment dans l’action. C’est reconnaître que nous sommes responsables de nos réponses.
Ainsi, entre ce qui nous arrive et ce que nous faisons existe une zone de liberté.
Plus nous développons notre conscience, plus cette zone s’élargit.
Plus elle s’élargit, plus nous devenons capables de vivre en accord avec nos valeurs plutôt qu’en fonction de nos conditionnements.
Qu’en pensez-vous ? Votre avis m’intéresse.
En pratique
La prochaine fois qu’une émotion forte apparaît, essayez ceci : Arrêtez-vous immédiatement. Sentez vos pieds sur le sol en respirant lentement au moins deux fois. Portez votre attention sur votre ventre. Puis demandez-vous :
- Que suis-je en train de ressentir ?
- De quoi ai-je besoin ?
- Quelle réponse serait la plus juste maintenant ?
Ne cherchez pas une bonne réponse immédiate. Restez simplement dans les questions. Laissez l’espace apparaître entre le stimulus et votre réponse. Faites le en imagination en lisant ces lignes.
Quelques secondes qui changent une vie
La liberté n’est pas toujours spectaculaire. Elle ne se manifeste pas nécessairement dans les grandes décisions. Elle apparaît souvent dans de très petits moments.
Dans ces quelques secondes de présence à soi, nous cessons d’être emportés par nos automatismes en revenant à nous-mêmes.
Entre le stimulus et la réponse existe un espace. Oui cet espace est fragile. Il demande à être cultivé.
Mais c’est l’un des lieux les plus précieux de notre vie intérieure. Car c’est là que naît notre capacité à choisir.
Et peut-être aussi notre capacité à devenir pleinement nous-mêmes.
En conclusion
Nous ne supprimerons probablement jamais totalement nos réactions automatiques.
En revanche, nous pouvons apprendre à les reconnaître, à les accueillir et à ne plus leur laisser systématiquement les commandes.
Chaque fois que nous créons un peu plus d’espace entre le stimulus et la réponse, nous gagnons un peu plus de liberté.
« Vous souhaitez explorer votre manière de réagir au stress, aux émotions ou aux difficultés relationnelles ? »



