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IA ou psychothérapeute : ce que l’humain a de plus

IA ou thérapeute : Ce que l'humain apporte en plus

Ce qu’un thérapeute humain apporte encore face à l’IA

L’intelligence artificielle est devenue un outil étonnamment performant pour réfléchir à ce que nous vivons. Elle peut questionner, reformuler, repérer des mécanismes répétitifs, proposer des exercices et nous aider à prendre du recul.

Alors, qu’est-ce qu’un thérapeute humain peut apporter que l’IA apporte difficilement ?

Dans une approche relationnelle et psycho-corporelle, je retiendrais quatre choses très concrètes.

1. Voir ce que je ne vois pas moi-même

« Ça va, ce n’est pas très important. »

Pourtant, au moment où la personne prononce ces mots, sa respiration se bloque. Ses yeux s’humidifient. Ses épaules se contractent.

Le thérapeute peut relever ce décalage :

« Vous dites que ce n’est pas très important, mais votre corps semble raconter autre chose. Que se passe-t-il maintenant ? »

Quelque chose qui échappait à la personne devient perceptible.

L’IA peut bien sûr nous aider à observer notre corps. Mais elle dépend largement de ce que nous lui communiquons ou de ce qu’un dispositif peut capter. L’humain présent perçoit aussi ce que nous ne pensions pas lui montrer.

2. Vivre quelque chose plutôt que seulement le comprendre

Je peux parfaitement savoir que « j’ai le droit de dire non » et rester incapable de le faire.

En séance, le thérapeute peut proposer :

« Essayez de me dire non. »

La personne essaie. Elle sourit pour atténuer son refus, détourne les yeux, se justifie.

On recommence.

Puis vient peut-être un véritable :

« Non. Je ne veux pas. »

Et le thérapeute reste là. Il ne se vexe pas. Il ne se retire pas.

Quelque chose vient d’être vécu.

La personne n’a pas seulement compris qu’elle pouvait poser une limite : elle vient d’en faire l’expérience avec quelqu’un.

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3. Voir le problème apparaître dans la relation

« J’ai toujours peur de déranger. Alors je ne demande rien. »

Vingt minutes plus tard :

« Excusez-moi, je parle beaucoup… »

Le thérapeute peut alors remarquer :

« Vous venez justement de craindre de me déranger. Regardons ce qui se passe entre nous. »

Le problème n’est plus seulement une histoire racontée à propos du conjoint, des parents ou des collègues.

Il vient d’apparaître dans la relation, ici et maintenant.

Et c’est précisément là qu’une autre manière d’être en relation peut être expérimentée.

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4. Faire du corps un terrain de travail

Une personne peut dire : « Je suis détendue », alors que son ventre reste contracté et sa respiration très haute.

Dans un accompagnement psycho-corporel, nous pouvons nous arrêter là.

Respirer. Sentir. Bouger. Modifier une posture. Porter l’attention sur une tension ou, lorsque le cadre de l’accompagnement le prévoit, utiliser le toucher.

Être touché est aussi une expérience en soi. Un toucher ajusté et consenti permet parfois de sentir ce que les mots n’atteignent pas : une tension dont on n’avait pas conscience, une difficulté à recevoir, le besoin de contrôler ou, au contraire, la possibilité de relâcher et de se laisser soutenir.

Le toucher introduit également quelque chose de profondément relationnel : je ne suis plus seul avec mes sensations ; un autre humain est présent et en contact avec moi. Cette présence peut faire émerger de la confiance, mais aussi de l’inconfort, une limite, une émotion ou le besoin de dire « stop ». Tout cela peut devenir matière à explorer.

Parfois, le corps se relâche et une émotion apparaît. Une image surgit. Une parole jusque-là inaccessible trouve son chemin.

Le corps n’illustre plus ce dont nous parlons : il devient directement le terrain de l’expérience et de la relation.

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Comprendre ou vivre autrement ?

La frontière entre l’IA et l’accompagnement humain n’est évidemment pas absolue.

Une IA peut proposer des expériences très pertinentes. Et un thérapeute peut passer une séance entière à intellectualiser avec son client.

Mais une distinction me paraît particulièrement éclairante :

L’IA est particulièrement forte pour m’aider à comprendre ce que je vis.

L’humain devient particulièrement précieux lorsqu’il s’agit de vivre autrement ce que je vis.

C’est peut-être là que se situe aujourd’hui la spécificité d’un accompagnement relationnel et psycho-corporel : lorsque le corps, la relation et l’expérience immédiate deviennent eux-mêmes le matériau du changement.

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Il ne s’agit plus seulement de parler de ce que je ressens, de comprendre pourquoi je fonctionne ainsi ou de chercher une meilleure manière de réagir. Il s’agit d’observer ce qui se passe maintenant : une respiration qui se bloque, une émotion qui apparaît, un mouvement de retrait dans la relation, une difficulté à dire non ou à soutenir le regard.

Ces moments permettent d’expérimenter autre chose, dans le corps et avec un autre humain.
Comprendre reste précieux. Mais cela ne remplace pas l’expérience de la relation.

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