Pourquoi l’incertitude nous rend-elle si anxieux ?
L’incertitude n’est pas le problème.
Chaque jour, nous vivons avec une multitude d’inconnues. Personne ne sait exactement ce que demain lui réserve, ou comment évolueront ses relations ou quelles seront les conséquences de chacun de ses choix.
Alors qu’est-ce qui devient parfois difficile ? N’est-ce pas d’accepter que certaines réponses ne soient pas disponibles ni connues ? Cette capacité à rester en contact avec ce qui n’est pas encore connu, les psychologues l’appellent la tolérance à l’incertitude.
Plus le besoin de contrôle est fort, plus l’incertitude risque de se transformer en anxiété.
Une réalité incontournable
La vie comporte une part irréductible d’inconnu.
Un résultat médical à venir, une décision professionnelle à prendre, une réponse à un mail qui tarde à arriver, un projet en cours de maturation. Dans chacune de ces situations, une même question peut surgir :
« Comment être tranquille alors que je ne sais pas ce qui m’attend ? »
Certaines personnes parviennent à traverser ces périodes avec une relative sérénité. D’autres ressentent rapidement de l’inquiétude, du stress ou des ruminations. La différence ne dépend pas seulement de la gravité de la situation.
Elle repose souvent sur notre capacité de tolérance à l’incertitude.

Quand le besoin de contrôle prend le relais
Ne pas savoir est une expérience normale. Vouloir savoir immédiatement est une autre histoire.
Dès qu’une zone floue apparaît, le mental se met au travail. Il cherche des explications, construit des hypothèses et tente d’anticiper ce qui pourrait arriver. Cette réaction est parfaitement compréhensible. Le problème apparaît lorsque cette recherche devient systématique.
Analyser une situation jusqu’à perdre le sommeil, c’est l’engrenage du besoin impérieux de contrôle. Tout comme refaire le film, envisager tous les scénarios encore et encore. La difficulté apparaît lorsque cette quête devient incessante et vise à éliminer une réalité pourtant incontournable : nous ne pouvons pas tout savoir.
D’une certaine façon, le rêve d’immortalité de certains milliardaires illustre le même mécanisme. Grâce à leur fortune, ils peuvent contrôler une multitude de paramètres de leur existence : leur environnement, leur alimentation, leur santé ou leur sécurité. Pourtant, une réalité demeure : ils mourront un jour.

Derrière les investissements colossaux consacrés à ralentir le vieillissement ou à prolonger la vie, on peut parfois percevoir la même difficulté que celle qui se manifeste dans l’anxiété quotidienne : accepter qu’une part de l’existence échappe au contrôle. L’échelle est différente mais le mécanisme psychologique est proche.
Pourquoi le cerveau aime tant les certitudes
Notre cerveau est programmé pour détecter les menaces et assurer notre sécurité. Pour accomplir cette mission, il cherche naturellement à réduire l’imprévisible. Or l’imprévisible fait partie du processus vital. Nous savons que nous allons mourir et nous ne savons pas quand. Lorsqu’une réponse manque, le mental est prêt à tourner en boucle afin de combler ce vide.
C’est ainsi que peuvent apparaître :
- les ruminations ;
- les scénarios catastrophes ;
- le besoin d’être rassuré ;
- les vérifications répétées ;
- les hésitations interminables ;
- l’anxiété.
Le soulagement temporaire qu’apportent les stratégie de contrôle sont illusoires. Elles comblent le vide et elles entretiennent l’anxiété à plus long terme. Lire ma page d’accompagnement anxiété / stress.
Le paradoxe de l’anxiété
L’être humain cherche généralement à diminuer l’inconfort de ne pas savoir. Face à l’incertitude, il tente donc de reprendre le contrôle. Cela semble logique.
Pourtant, un paradoxe apparaît. Plus l’effort pour éliminer toute incertitude augmente, plus la sensibilité à l’incertitude se développe. L’attente devient insupportable. Le moindre doute prend des proportions importantes. Une décision ordinaire peut se transformer en véritable casse-tête.
Autrement dit, la solution recherchée contribue parfois à maintenir le problème.
Le corps entre dans la danse
L’anxiété n’est pas seulement une affaire de pensées. Le corps participe pleinement au processus. Chez certaines personnes, le ventre se noue. D’autres remarquent une respiration plus courte ou des tensions dans les épaules. Le sommeil peut devenir plus fragile. Une sensation d’agitation apparaît parfois sans raison apparente.
En réalité, l’organisme se prépare à faire face à un danger potentiel. Or, dans bien des cas, aucun danger réel n’est présent. Il n’y a qu’une question sans réponse.
Une autre manière de regarder la situation
Imaginez deux personnes confrontées à la même attente. Toutes deux doivent recevoir un résultat médical dans quelques jours.
La première reconnaît son inquiétude tout en acceptant qu’aucune réponse ne soit disponible pour le moment. Elle agit intérieurement pour accepter la situation d’incertitude et profiter de ce temps d’attente pour être heureuse.
La seconde cherche constamment à réduire son incertitude. Elle consulte internet, imagine différents scénarios et surveille le moindre signe inquiétant. Elle ne vit pas l’instant présent et vit probablement du stress.
Le contexte est identique. Mais la souffrance est différente. Ce qui change, c’est la relation entretenue avec l’inconnu, l’incertitude ou le fait de ne pas savoir.
Lire mon article sur le libre arbitre entre stimulus et réponse.
Vers une sécurité plus profonde
Nous imaginons souvent que la sécurité viendra lorsque toutes les réponses seront enfin connues. Malheureusement, cet objectif est impossible à atteindre. Une part d’incertitude accompagnera toujours l’existence.
C’est pourquoi une autre voie consiste alors à développer la confiance dans notre capacité à traverser ce qui advient. En psychologie, nous savons que la sécurité ne repose pas sur la maîtrise parfaite des événements. Mais qu’elle s’appuie progressivement sur une confiance intérieure plus stable.

Une question pour terminer
Et si votre anxiété ne venait pas tant de ce qui pourrait arriver…que de la difficulté à accepter que certaines choses ne puissent pas encore être connues ?
Cette question ne mérite-t-elle pas quelques instants de réflexion.
Dans le prochain article, je vous proposerai un questionnaire simple pour évaluer votre niveau de tolérance à l’incertitude et mieux comprendre la place qu’elle occupe dans votre quotidien.
Vous découvrirez peut-être que l’anxiété n’est pas seulement liée au stress ou à la personnalité, mais aussi à une compétence intérieure qui peut se développer.
Développer sa tolérance à l’incertitude ne consiste pas à aimer l’inconnu. Il s’agit plutôt d’apprendre à demeurer présent lorsqu’une réponse n’est pas encore disponible.
Cette capacité n’est pas seulement psychologique. Elle a été reconnue depuis longtemps par certaines traditions philosophiques et spirituelles.
« Dans la profusion chaotique des opinions,
le Maître se satisfait du non-savoir. »
Tchouang Tseu


